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  • Rafaëlle Djian

Dépendance affective et troubles du comportement alimentaire

Souvent galvaudée, étiquetée ou utilisée à tort et à travers l’expression dépendance affective représente un profond sentiment d'insécurité, qui prend sa source dans l’enfance souvent après un évènement traumatique qui résonne pour l’enfant comme un abandon.

La personne se construit alors avec un manque, un vide en elle, une insécurité chronique qu’elle cherchera sans cesse à combler avec un tiers.

Un sentiment d’insécurité qui pousse à fuir l'autre ou au contraire à s'accrocher à lui, à tout faire pour qu'il vous aime, à essayer de penser comme lui, de faire comme lui, pour, au final, développer une forte agressivité dès qu'il a un comportement qui ne correspond pas à ce que l'on souhaite.

Les attentes sont souvent démesurées car le besoin d’être rassuré sans cesse est maladif. Les personnes qui n'osent pas ou ne peuvent pas s'affirmer n'existent que sur le mode de la fuite ou de l'agressivité « qui sont les deux instances opposées d'un même processus : la dépendance affective »


Émergence d’un lien profond entre boulimie et dépendance affective


On note souvent en consultation que les jeunes femmes boulimiques ont tendance à se trouver un partenaire qui les sécurise. Elles l'idéalisent, elles lui donnent alors tous les pouvoirs dans l'espoir qu'il saura les aider à aller mieux.

Dans un premier temps, la sécurité ressentie fait son effet, les crises s’estompent ou disparaissent, mais rapidement, ce n’est jamais assez, tout est remis en question.

Je dirais que le déclencheur majeur d’une crise pour les personnes souffrant de boulimie est leur instabilité émotionnelle, véritable responsable de leur besoin de manger sans faim et sans fin. Elles sont des lors comme des nourrissons, seule la nourriture les apaise des tempêtes émotionnelles qui se déclenchent en elles, souvent pour un petit rien, une remarque qui les contrarie, un vécu désagréable, une pensée négative ou récurrente.


Comment combattre les aspects dépendants de sa personnalité, le besoin de voir en l'autre une personne avec qui l'on ne fait plus qu’un ? Il s’agit ici de comprendre comment la nécessité de combler un vide fait appel à cette même démarche, à ce même comportement déviant, que ce soit avec un partenaire ou avec la nourriture. Que la perte de contrôle n’existe que si l’on choisit de fuir nos émotions et le message qu’elles tentent de véhiculer. Bien sur l’inconfort de l’émotion est à la hauteur de la force pulsionnelle qui nous submerge.

Il est temps de renoncer à l’idée d’être totalement compris par les personnes qui nous aiment, sauvé, soigné et ancrer l’idée que la fusion est en réalité la négation de son individualité, de son identité et non pas une façon de remplir le vide en nous.

On doit véritablement cesser de compter sur l'autre pour alléger notre vie. Quel renoncement ! Quel poids sur nos épaules d’être le seul responsable de son bonheur, de son bien-être. Et si la légèreté d'être ensemble ne pouvait justement exister que lorsque l'on n'attend rien de l’autre ?


Le pont indéniable à faire avec l’estime de soi :


« La trop faible estime de soi doit impérativement être soignée. Faute de quoi elle se transforme en une mécanique lente d’autodestruction qui mène à un anéantissement, explique le neuropsychiatre Serge Bornstein (Figaro Magazine, article de Marc Durin Valois).


J’ai trouvé judicieux de vous partager la définition telle qu’on la trouve dans le Petit Robert du mot fusion, sensation trop souvent recherchée par les personnes souffrant de boulimie comme de dépendance affective.

FUSION : dissolution d’un corps dans un liquide - interpénétration des êtres ou des choses Voir se fondre- se confondre- absorption

Lorsque l’on souffre de dépendance affective on se sent alors impuissant à gérer seul sa vie, démuni de toute ressource, incapable d’exister sans l’autre. Cette peur quasi-panique génère des attitudes d’oubli total de soi pour se consacrer uniquement à l’autre. Cette sorte d’acharnement dans la quête d’amour, d’approbation, de reconnaissance est proportionnelle à la peur de la solitude qui les poursuit encore et toujours. Proportionnelle aussi au vide qu’on tente de combler lorsqu’on se remplis frénétiquement avec la nourriture.

Le lien à faire ici avec l’estime de soi et que lorsque je suis prêt à tout pour conserver cette autre c’est parce qu’il me rend aimable, digne d’amour, il me fait exister car il me regarde, me considère, ce que je suis incapable de faire avec moi-même. De même lorsque je m’alimente avec excès je chercher à tout prix le plaisir, le réconfort, l’amour qu’il me manque.

L’autre est nécessairement pourvu d’une puissance qui me manque. La relation avec cet autre permet pour un temps au moins, d’acquérir cette puissance, cette sécurité qui me manque tant.

Se considérant elle-même avec peu d’intérêt, les personnes dépendantes sont constamment à l’écoute des autres, de leurs pensées, émotions, projets, ce qui évite de se pencher sur leur propre vie.

Être en fusion consiste à désirer se fondre, se dissoudre dans l’autre et réciproquement car dans cette forme d’amour ou plutôt d’illusion d’amour le soi est extrêmement valorisé dans le regard de l’autre.


Or il est reconnu comme impossible de donner de l’amour s’il n’existe pas en soi, pour soi, car en toute logique l’on ne peut offrir à l’autre que ce que l’on possède.

Toutes les toxicomanies sans drogues chimiques comme la boulimie sont des tentatives infructueuses de maîtriser la culpabilité, la dépression, ou l’angoisse par l’activité pulsionnelle. Les comportements compulsifs sont alors mis en place pour se distraire des émotions trop pénibles à vivre comme le sentiment de solitude, le désespoir, l’angoisse de vivre. Ceux qui ne s’aiment pas assez compensent souvent leur vide relationnel en se réfugiant dans l’alcool ou la nourriture jusqu’à en devenir éthylique, toxicomane, obèse ou trop maigre. La dépendance, à la nourriture ou à l’autre, me prive de toute liberté d’être, liberté de choisir, liberté de vivre.


Processus thérapeutique : alors comment faire autrement ?

L’accompagnement thérapeutique permet de mettre le doigt sur l’origine du trouble : d’où vient-il et quelle est sa source ? C’est le premier pas à toutes transformations : la compréhension.

Vivre ses émotions excessives, comprendre et accepter son histoire. Se connaitre, se questionner, ressentir. S’autoriser aussi à explorer un soi jusqu’ici si peu important, si secondaire, si rabaissé.

Travailler à réparer l’estime de soi est le pas fondateur pour accéder à l’autonomie. L’estime de soi est le socle sur lequel on se construit, le socle sur lequel on bâtit ses propres fondations, sa solidité, son abnégation. C’est en apprenant à se faire confiance que sort définitivement de la dépendance.


Agir : déprogrammer ses croyances limitantes est fondamentale et nécessite un travail de longue haleine. Le rééquilibrage émotionnel impacte indéniablement l'équilibre chimique du cerveau et voit alors le comportement alimentaire se modifier. Pas pour tenir un régime, mais pour être alerte, comprendre ses besoins et les respecter. Aussi, il est fondamentald’explorer un modèle comportemental et affectif nouveau : l'affirmation de soi, dans la légèreté et sans violence.

La finalité de tout ce travail est sans aucun doute l’acceptation, pas ultime vers l’autonomie. Accepter ce n’est pas se résigner, mais c’est lâcher prise, comprendre qu’on a de contrôle que sur soi et jamais sur l’autre, ni même sur la vie. Tendre vers une forme de spiritualité, chaque difficulté apporte son lot d’enseignements

Accepter : c’est accéder à l’idée que l’humain est faillible, que la vie est un cycle et que rien n’est jamais figé.

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